La carte n'est pas le territoire

Il était une fois, une vieille femme assez chic qui vivait seule dans un bel appartement. Depuis le décès de son mari, elle avait l’habitude de recevoir la visite de ses trois petits-enfants. Une fois par mois, ces derniers, qui étaient très différents les uns des autres, avaient le rituel de passer leur dimanche après – midi avec la vieille dame.

Un beau jour, cette dernière leur demanda un service. Elle leur confiait qu’elle disposait d’une lettre dans laquelle leur grand-père sollicitait ses trois petits-enfants pour aller chercher ce qu’il avait laissé, des années auparavant. Elle leur demanda donc de se rendre à un endroit très précis.

Les trois frères qui ne s’entendaient guère maugréèrent tout d’abord. La grand-mère leur souri et leur dit alors qu’ils devaient impérativement y aller car il s’agissait en fait d’un trésor qu’il leur avait laissé. La vieille femme leur donna les coordonnées où ils devraient se rendre avant leur prochaine visite.

En sortant de chez elle, les trois frères se mirent d’accord. Un d’entre eux seulement irait et leur rendrait compte de sa trouvaille.

 

Le premier de la fratrie s’y rendit, comme prévu la semaine suivante, en sortant du travail. Quelle idée avait eu ce vieux fou se demanda-t-il en montant dans sa voiture en regardant le papier que leur avait donné leur grand – mère ? Il y avait un nom de village suivi d’un plan un peu étrange.

Arrivé à l’endroit indiqué, le jeune homme arrêta sa voiture. Il regarda autour de lui et ne vit rien d’autre que la petite route bordée de champs. Il sorti de sa voiture, regarda le plan et y vit une borne kilométrique mentionnée sur le plan.

 

« Pas de doute, c’est bien là » se dit –il.

 

Il se posta sur le bas-côté et regarda avec attention. Rien. Il n’y avait rien. Ni habitation, ni signe de vie, ni commerce, rien d’autre qu’un champ parmi tant d’autres. Il s’approcha de la borne kilométrique et se dit que peut-être, il y verrait quelque chose, une clé cachée ou une indication car après tout, sa grand-mère avait évoqué un trésor. Non, rien. Résigné, il rentra et téléphona à ses frères.

Il leur expliqua que leur grand-père avait dû être imprudent par le passé en laissant le soi-disant trésor car vu le cadre, des rodeurs avaient dû le trouver. Aujourd’hui, il ne restait rien à cet endroit.

Le second frère lui demanda de lui laisser le papier et téléphona à sa grand-mère.

 

-        Mamie, es –tu sûre de l’endroit où nous devons aller ?

-        Certaine pourquoi ?

-        Parce que mon frère y est allé et n’a rien vu.

-        Ah. Et qu’a – t –il vu au juste ?

-        Rien justement !

-        Et toi, y es-tu allé ?

-        Non

-        Alors vas-y. Tu trouveras peut-être le trésor.

 

Quelques jours plus tard, le second frère, qui avait récupéré le plan, y alla à son tour. Il arriva au lieu précisé sur le plan qu’il reconnut grâce à l’évocation de la borne kilométrique, décrite par son frère.

Il sorti de la voiture et observa la borne kilométrique, puis le champ. Il avança un peu. Il respira l’air et se dit que c’était un endroit paisible, où le calme était savoureux. Puis il essaya de regarder plus précisément le terrain. Il ne comprit pas pourquoi mais regarda cet arbre, comme perdu au milieu. Il se baissa et toucha la terre. Celle-ci lui semblait fertile. Abandonnée depuis longtemps certes… mais cette terre lui semblait bonne, aussi étonnant fut-il puisqu’à priori, aucune source d’eau n’était présente. Sableuse mais pas trop, pas du tout argileuse. A côté, il semblait percevoir des plantations de Maïs. Qu’avait-il pu y avoir comme plantation ?

Il se releva et se demandait comment et où ce champ pouvait cacher un trésor ? Son frère avait-il raison ? avait-il été dérobé ? Sinon, où se cachait – il ?

Finalement, ne trouva pas de réponse, il rentra et appela ses frères pour leur dire que lui non plus n’avait pas trouvé de trésor, malgré l’insistance de leur grand-mère.

 

Le troisième frère se dit alors qu’il devrait lui aussi tenter d’y aller. Si leur grand-père leur avait semblé un peu fou à la fin de sa vie, ce n’était pas le cas de leur grand-mère et ils se devaient de comprendre son insistance face à cette demande particulière. Il décida de récupérer le plan et y alla à son tour la semaine suivante.

A son arrivée, le troisième fils eut un large sourire.

Quel bel endroit ! Quel potentiel il y avait ! A qui pouvait appartenir ce terrain ? Il regarda autour de lui et ne voyant personne, s’autorisa à marcher jusqu’à cet arbre qui l’interpellait. Que faisait-il seul au milieu de ce champ ? Quand il fut au pied de l’arbre, il observa que la terre était un peu différente. Peut –être plus humide, plus brune aussi. Il avança un peu plus et posa la main. En effet, aussi bizarre que cela puisse paraitre, la terre lui semblait humide. Pourtant, il n’avait pas plu en ce mois d’août. Il la remua un peu et rencontra des vers de terre. Il sourit. Pour sûr, ce champ était un cadeau de la nature. Il se releva pour retourner à sa voiture mais marqua un arrêt à l’arbre. Il reconnaissait l’allure et la robustesse du chêne. Il toucha l’écorce et fit le tour du tronc quand il découvrit une lettre gravée. Il ria franchement. Son grand-père était décidément un grand fou. Content de lui, il se dit qu’il avait trouvé le trésor : l’initiale de leur nom de famille gravée dans l’écorce.

Il rentra et téléphona à ses frères :

« Vous avez un peu abusé en disant qu’il n’y avait rien, c’est un chouette endroit mais surtout je crois avoir trouvé le trésor du vieux fou ».

 

Les deux frères, impatients de savoir le sommèrent de le leur dire.

« Une initiale gravée sur un tronc ? tu veux rire ? C’est tout ? ».

 

Le jour de leur visite arriva. Leur grand-mère leur demanda :

-        Etes – vous allés à l’adresse indiquée ?

-        Oui. Papy était vraiment un vieux fou tu sais ?

-        Ah ? et pourquoi cela ? Qu’avez-vous vu ?

-        Je te l’ai dit, répondit le premier, rien d’autre qu’un champ laissé à l’abandon, sans rien de plus que le silence étourdissant des autres champs voisins.

-        Je vois et toi ? demanda la vieille femme au second, qu’as-tu vu ?

-        Le même champ. Il y a un arbre et la terre a l’air plutôt bonne mais rien de plus mamie.

-        Hum hum… et toi, y es-tu allé, demanda-t-elle au troisième jeune homme ?

-        Oui mamie. C’est un bel endroit, surprenant mais je ne pense pas que ce j’ai trouvé soit vraiment le trésor de papy.

-        Ah vraiment ? et en quoi l’as-tu trouvé surprenant ce champ ?

-        Parce que la terre est riche malgré le fait d’être, à priori, laissée à l’abandon. Cet arbre, dont parle mon frère, semble être un chêne robuste et comporte une initiale gravée dans l’écorce : la lettre de notre nom de famille. Ce que j’ai trouvé de surprenant aussi, c’est que la terre est pleine de vie, il se pourrait même qu’il y ait une source car je l’ai trouvée humide non loin de l’arbre.

 

La grand-mère leur sourit.

« Alors grand-mère, explique-nous s’il te plait ! Quelle est cette énigme du vieux fou qu’était papy ? »

 

Alors, la grand-mère leur dit :

« Les enfants, ce terrain appartient à la famille de votre grand-père depuis des générations. Il a traversé des époques formidables, d’autres moins. Il y a eu, sur ce champ, des récoltes, puis une habitation, qui a été détruite par la suite. Cette habitation qui n’est plus là, a vu naitre votre grand-père. Votre grand-père et votre arrière-grand-père ont assaini tout ce champ pour le nettoyer des horreurs qu’il avait pu connaitre et a connu de nouvelles plantations.

C’est toute l’histoire de votre famille qui est dans ce champ et ce champ vous revient. »

 

Les trois jeunes hommes se regardèrent, étonnés de ce qu’ils venaient d’entendre. La vieille femme continua :

« Votre grand-père était un vieux fou mais il vous savait très différents tous les trois. Chacun a une perception du monde qui l’entoure et votre façon de voir ce champ le démontre. Pour autant, il s’agit bien du même champ. Qui pourrait dire laquelle de vos trois perceptions est la meilleure ? Qui pourrait dire lequel de vous trois détient LA vérité, si vérité il existe ? Votre grand-père tenait à ce que vous appreniez cela avant de pouvoir jouir de ce trésor, tout en respectant la perception que chacun de vous en a, et en respectant la perception que lui en avait. La carte n’est pas le territoire. Il n’y a pas une seule vérité, une seule perception du monde qui nous entoure. Votre grand-père était un vieux fou mais il avait quelques principes dont on peut s’inspirer… »

 

 

Et parce qu’ils avaient compris que le trésor que leur grand-père était non seulement le champ mais surtout une leçon de vie, les trois jeunes hommes décidèrent de prendre en compte chacune des perceptions des autres pour valoriser du mieux possible le champ, légué par leur grand-père.

 

"La carte n'est pas le territoire" est le premier présupposé qu'on adopte en PNL. Il existe autant de réalités que de personnes. En thérapie, le thérapeute travaille avec la réalité , de la carte de son client... 

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